Sur le marché français de l'automoteur de pulvérisation, Artec occupe une place rare. En effet, peu de constructeurs européens peuvent la revendiquer : celle d'un outsider vendéen devenu, en moins de vingt ans, le principal challenger de John Deere. Le F40 Evo, vaisseau amiral de la gamme, incarne ce positionnement. Ainsi, il embarque 5 000 litres de cuve inox et des rampes aluminium jusqu'à 50 mètres. Surtout, il adopte une architecture à rampe frontale. Celle-ci le distingue radicalement de la quasi-totalité de ses concurrents.
Point d'actualité indispensable : depuis 2024, les automoteurs Artec ne sont plus commercialisés sous la marque et la livrée jaune Artec. Ils sont désormais distribués sous les couleurs et la marque KUHN sur l'intégralité des marchés, marché français inclus. Les premiers exemplaires en livrée rouge Kuhn ont été livrés en France courant 2024. Ainsi, si vous cherchez un « Artec » neuf aujourd'hui, vous chercherez en réalité un Kuhn Artec F40 Evo. En revanche, l'organisation commerciale et technique, elle, n'a pas bougé.
L'excellence française de la pulvérisation haute performance
L'histoire d'Artec et l'intégration au groupe KUHN
Artec a été fondée en 2005 par Jean-Pierre Chevallier, à Corpe en Vendée. La société s'est spécialisée dans la fabrication d'automoteurs de pulvérisation. Elle vise notamment les grandes exploitations agricoles.
Par ailleurs, le rapprochement avec Kuhn ne date pas d'hier. Le groupe alsacien était entré au capital d'Artec dès 2008 comme actionnaire minoritaire. Cette entrée faisait suite au rachat de la firme Blanchard de Chéméré (Loire-Atlantique), spécialisée dans les matériels de pulvérisation. Dix ans plus tard, l'opération est allée à son terme. Ainsi, le 1er novembre 2018, le groupe KUHN a fait l'acquisition de la société ARTEC Pulvérisation.
À cette date, la structure vendéenne était déjà solide. En effet, en 2017, elle réalisait un chiffre d'affaires de 19 millions d'euros avec un effectif de 60 collaborateurs. Le rachat lui a ensuite ouvert les moyens de développement d'un groupe international. De ce fait, le F40 EVO, lancé en 2021, est le premier fruit majeur de cette collaboration.
Enfin, l'ultime étape a été franchie en 2023 : le passage sous marque unique Kuhn. À cette période, Artec talonnait John Deere sur le marché français des automoteurs, avec 26,1 % de part de marché selon Axema.
Pourquoi les automoteurs Artec se distinguent sur le marché ?
Trois partis pris techniques structurent l'identité de la marque.
La rampe frontale. C'est la signature d'Artec. La quasi-totalité des automoteurs portent leur rampe à l'arrière. En revanche, le F40 Evo la place devant la cabine. Ce n'est pas un choix esthétique. En effet, il conditionne l'équilibrage, la visibilité et la façon dont la machine se pilote au champ.
La transmission hydromécanique DAS. Elle a fait la réputation de la marque et la distingue des transmissions hydrostatiques classiques du secteur.
Le refus de la course à la puissance brute au profit de la maîtrise du poids et de l'adhérence. La gamme actuelle compte deux automoteurs sous marque Kuhn : le F40 EVO à rampe frontale et le RS20, machine plus légère à voie variable.
Zoom sur le pulvérisateur automoteur Artec F40 Evo
Spécifications techniques et motorisation
Le moteur est issu du savoir-faire de VOLVO PENTA et répond à la norme Stage V. Il affiche une cylindrée de 7,7 L et trois puissances nominales : 218, 252 ou 280 chevaux. De plus, ce bloc Volvo D8 est garanti 5 ans ou 6 000 heures. Il associe FAP, DOC et SCR. Enfin, un détail compte en région vallonnée : un frein sur échappement assure la retenue de charge. Cette retenue joue dans les pentes comme lors des déplacements routiers.
Côté transmission, le système hydromécanique combine la puissance du 100 % mécanique à la souplesse de l'hydraulique. Il ajoute des blocages de différentiel et deux plages de vitesses : de 0 à 25 km/h et de 0 à 40 km/h selon la législation du pays. Enfin, la régulation automatique du régime moteur D.A.S. (Drive Automotive System) vise les économies de carburant sur route comme au champ.
| Caractéristique | Artec (Kuhn) F40 Evo |
|---|---|
| Moteur | Volvo Penta 7,7 L, Stage V |
| Puissances | 218 / 252 / 280 ch |
| Transmission | Hydromécanique, 0-25 et 0-40 km/h |
| Cuve principale | 5 000 L nominaux (5 250 L réels), inox |
| Cuve de rinçage | 600 L |
| Rampes | Aluminium, 28 à 50 m |
| Poids à vide | 12 200 kg |
| Empattement / garde au sol | 4,20 m / 1,20 m |
| Voie | 1,95 à 2,05 m |
| Cabine | Catégorie 4, climatisation automatique |
| Direction | 4 roues directrices (ou 2 AV / 2 AR) |
| Réservoir carburant | 330 L |
Source : fiche technique constructeur Kuhn. Les configurations varient selon les options retenues.
Capacités de cuve et autonomie sur le terrain
La cuve inox affiche 5 000 litres nominaux pour 5 250 litres réels, complétée par une cuve de rinçage de 600 litres.
Ce qui distingue réellement la machine, c'est le circuit à deux pompes. D'abord, une pompe centrifuge auto-amorçante de 1 100 L/min (à 3 bars) est dédiée au remplissage et au rinçage. Elle autorise un remplissage rapide dès 1 100 tr/min moteur. Ensuite, une seconde pompe centrifuge de 780 L/min est dédiée à la pulvérisation, à l'agitation et à la circulation dans les rampes.
Le calcul d'autonomie qui compte. À 100 L/ha, 5 000 litres couvrent 50 hectares par remplissage. À 80 L/ha, on monte à 62 ha. Par ailleurs, le remplissage à 1 100 L/min ramène le temps de cuve à moins de cinq minutes. Ainsi, sur une fenêtre météo de six heures, l'écart avec une machine à pompe de 600 L/min représente facilement un chantier de 20 ha supplémentaires.
De plus, le mode « dilution continue » permet d'activer les deux pompes simultanément. On rince alors cuve et circuit tout en pulvérisant, et le faible volume mort simplifie la gestion des résidus. Enfin, une pompe optionnelle permet même d'injecter un produit neutralisant durant les phases de rinçage. C'est un vrai argument pour les ETA qui enchaînent des produits incompatibles en pleine saison.
Les rampes en aluminium : stabilité et précision de jet
Les rampes aluminium vont de 28 à 50 m, réparties sur deux familles : la rampe RX de 28 à 45 m et la rampe FALCON de 48 à 50 m. De plus, six bases de premier bras, de 17 à 27 m, permettent d'adapter la machine à chaque largeur. Ainsi, on travaille uniquement premiers bras dépliés dans les petites parcelles.
La stabilité repose sur le cadre de suspension EQUILIBRA. En effet, il associe système pendulaire et système par biellettes pour absorber les mouvements de translation et de rotation. S'y ajoute un système anti-fouettement à double vérin, qui atténue les effets d'accélération et de freinage. Enfin, un contrôle hydraulique du dévers complète l'ensemble.
Par ailleurs, un suivi de sol actif vient renforcer le dispositif. Trois capteurs à ultrasons pilotent le parallélogramme pour la hauteur, la correction de dévers et les géométries variables positives et négatives.
Pro-tip terrain, le réglage qui décide de tout Sur une rampe de 36 m ou plus, la hauteur de travail est le premier facteur de qualité d'application. Elle prime même avant le choix de buse. Ainsi, avec des buses à fente 110° espacées de 50 cm, visez 50 cm au-dessus de la cible. À 40 cm, vous créez des bandes de surdosage ; à 70 cm, la dérive explose. Enfin, le suivi de sol à ultrasons ne compense pas un mauvais réglage de consigne. Il maintient seulement la consigne que vous lui donnez. (Sur les calibres et codes couleur, voir notre guide des buses.)
Confort de conduite et technologies embarquées
Visibilité et ergonomie en cabine
C'est l'argument le plus souvent avancé en faveur de la rampe frontale, et il tient. En effet, le positionnement de la rampe à l'avant apporte plusieurs gains. D'abord, il permet de garder une vue directe sur la zone de pulvérisation sans se retourner. Ensuite, il facilite l'identification des obstacles et la détection rapide d'un problème de pulvérisation. Enfin, il autorise à se rapprocher des bords de parcelle et des espaces étroits sans contrainte de visibilité.
La cabine est de catégorie 4, pressurisation et filtre à charbon actif, avec climatisation automatique. Par ailleurs, elle est construite par le spécialiste isérois des cabines Sarrazin, selon le cahier des charges d'Artec. Elle conserve enfin un accès par une porte arrière.
Le confort, lui, repose sur plusieurs éléments. On trouve deux poumons pneumatiques à l'avant de la cabine avec système anti-roulis et de larges silent-blocs à l'arrière. S'y ajoutent un siège suspendu chauffant à réglages lombaires pneumatiques et un accoudoir ajustable. Depuis ce dernier, la transmission se pilote par impulsion.
Sur la maniabilité, une solution brevetée gère les quatre roues directrices : roues avant directrices en marche avant, roues arrière en marche arrière, quatre roues en bout de champ. En revanche, quand la pulvérisation s'ouvre, seules les roues avant restent directrices. On diminue ainsi l'effet de fouettement sur les rampes.
Gestion électronique et agriculture de précision
Deux circuits de pulvérisation sont proposés : la circulation continue avec fermeture pneumatique des tronçons, jusqu'à 15 tronçons, ou la circulation AUTOSPRAY en coupure buse à buse.
AUTOSPRAY repose sur la technologie PWM. En effet, elle fait varier le temps d'ouverture de la buse par micro-pulsation afin de conserver une pression constante. Ainsi, la taille de gouttelettes reste régulière indépendamment de la vitesse. Cela élargit donc la plage de vitesse exploitable. De plus, le système compense les écarts de dosage en virage. Pour cela, il pilote un temps d'ouverture différent entre l'intérieur et l'extérieur de la rampe.
Côté terminaux, le CCI 1200 prend en charge la pulvérisation et le guidage automatique. Par ailleurs, les écrans Trimble GFX-1060 (25,6 cm) ou GFX-1260 (30,5 cm) sont disponibles au choix, avec l'interface Precision-IQ sous Android. Enfin, l'autoguidage est en prédisposition de série, Trimble en option.
Pro-tip terrain, exploiter réellement le PWM Le PWM n'autorise pas à rouler indéfiniment plus vite. En effet, au-delà de 20-22 km/h, ce n'est plus la régulation qui limite mais la turbulence aérodynamique derrière la rampe. La dérive reprend alors le dessus quelles que soient les buses. En revanche, le gain du PWM se joue sur la régularité dans la plage 12-20 km/h et sur les virages. Conservez donc deux jeux de buses : une injection d'air pour les conditions ventées, une fente classique pour les fongicides par temps calme. Ensuite, laissez le PWM gérer la variation entre les deux.
Artec F40 Evo sur le terrain : rentabilité et débit de chantier
Gain de temps et réduction du tassage des sols
C'est ici que l'architecture à rampe frontale trouve sa justification économique. Selon le constructeur, le seul élément faisant varier la charge est le niveau de remplissage de la cuve. Placée au centre, elle maintient la machine équilibrée. De plus, le positionnement de la rampe à l'avant contrebalance le poids du moteur placé à l'arrière. Ainsi, chaque essieu supporte 50 % du poids total.
Cette répartition n'est pas un argument de plaquette. En effet, sur un automoteur à rampe arrière, la répartition évolue au fil de la vidange de cuve. Cela modifie l'adhérence et la sensibilité aux ornières en cours de chantier. En revanche, une répartition stable signifie un comportement prévisible du premier au dernier hectare.
Le second levier est le pneumatique. En effet, la transmission peu gourmande en puissance autorise le montage de pneumatiques jusqu'à 2,05 m de diamètre et 710 mm de large, proposés en technologie VF (Very high Flexion). Sur une machine de 12,2 tonnes à vide, cette technologie VF permet de descendre significativement la pression de gonflage à charge égale. C'est donc le principal levier disponible contre le tassement en conditions humides de sortie d'hiver.
Optimisation de la consommation de carburant et de produits
Trois postes d'économie se cumulent.
Le carburant, via la régulation DAS qui adapte le régime moteur à la demande réelle, et via le remplissage à bas régime (1 100 tr/min).
Le produit phytosanitaire, via la coupure buse à buse. En effet, sur des parcellaires à géométrie irrégulière, l'économie constatée par la profession se situe généralement entre 3 et 8 % du volume de bouillie. De plus, la compensation en virage apporte un gain supplémentaire sur les rampes de grande largeur.
Le temps de main-d'œuvre, le poste le plus sous-estimé. Comparez un remplissage de cinq minutes et un remplissage de quinze. Sur une saison à 40 remplissages, l'écart dépasse six heures de fenêtre d'intervention. C'est souvent la différence entre traiter au bon stade et traiter en rattrapage.
Comparatif : pourquoi choisir Artec face aux autres automoteurs ?
| Artec (Kuhn) F40 Evo | John Deere R4140i / R4150i | Berthoud Raptor | Hardi Alpha Evo | |
|---|---|---|---|---|
| Position de rampe | Frontale | Arrière | Arrière (avant sur Raptor AS) | Arrière |
| Capacité de cuve | 5 000 L (5 250 réels) | 4 000 ou 5 000 L | 3 200 / 4 200 / 5 200 L | 4 200 à 5 100 L |
| Largeurs de rampe | 28 à 50 m (alu) | 24 à 36 m (acier ou carbone) | 24 à 44 m | 24 à 44 m |
| Motorisation | Volvo Penta 7,7 L, 218-280 ch | 6 cyl. 6,8 L Stage V | , | , |
| Transmission | Hydromécanique | Hydrostatique | Hydrostatique, 3 gammes | , |
| Coupure buse à buse | AUTOSPRAY (PWM) | ExactApply | Option | Option |
| Répartition de charge | 50/50 annoncée | Variable selon niveau de cuve | Variable selon niveau de cuve | Variable selon niveau de cuve |
Données constructeur et presse spécialisée. Les configurations et millésimes font varier ces valeurs, à recouper avec la fiche technique du modèle exact proposé.
Ce que dit réellement ce tableau. L'Artec F40 Evo se démarque sur trois points objectifs. D'abord, la largeur de rampe maximale (50 m, hors d'atteinte de ses concurrents directs). Ensuite, la transmission hydromécanique. Enfin, la répartition des masses stabilisée par l'architecture frontale. En contrepartie, le John Deere R41 propose une option de rampe carbone qui allège la machine d'environ une tonne. De son côté, le Berthoud Raptor offre une entrée de gamme plus basse en capacité (3 200 L). Il ajoute une garde au sol fixe déclinée de 1,05 à 1,80 m, argument fort en cultures hautes.
Avis des utilisateurs et retour d'expérience
Points forts relevés en exploitation
Le retour d'expérience le mieux documenté dans la presse spécialisée est celui de la SARL Leroy, entreprise de travaux agricoles de l'Orne. En janvier 2023, Sébastien Leroy a investi dans un F40 Evo de 250 ch. La machine est équipée d'une rampe de 36 m à porte-buses tous les 50 cm, avec autoguidage Trimble, coupure buse à buse et régulation PWM.
Voici les chiffres relevés en usage réel sur 1 400 ha : un débit de chantier de 15 à 20 ha/h pour une vitesse d'avancement de 18 à 20 km/h. Par ailleurs, l'exploitant souligne l'utilité de la coupure buse à buse. Elle sert particulièrement lors de l'application d'herbicides sur les cultures d'automne. En effet, l'absence de recouvrement permet alors de maintenir le rendement de la culture.
Enfin, certains points forts reviennent régulièrement dans les retours terrain : la visibilité offerte par la rampe frontale, la souplesse de la transmission dans les pentes, et la rapidité du circuit de remplissage.
Ce qu'il faut vérifier avant l'achat (neuf ou occasion)
En neuf, les trois arbitrages qui engagent le plus :
- La largeur de rampe. Ne calez pas sur le maximum disponible mais sur le multiple de votre jalonnage. Une rampe de 50 m sur un parcellaire jalonné à 36 m est un handicap permanent, pas un atout.
- Circulation pneumatique 15 tronçons ou AUTOSPRAY buse à buse. L'écart de prix ne se justifie que si votre parcellaire présente des pointes, des bordures irrégulières ou des demi-tours fréquents. Sur des blocs rectangulaires, 15 tronçons couvrent l'essentiel du gain.
- La densité du réseau SAV dans votre secteur. Un automoteur immobilisé 72 h en pleine fenêtre de traitement coûte plus cher que n'importe quelle option.
En occasion, les points de contrôle spécifiques à ce type de machine :
- Heures moteur et historique d'entretien, exigez le carnet et les factures. Le moteur Volvo D8 est garanti d'origine cinq ans ou 6 000 heures ; vérifiez ce qu'il reste.
- État de la rampe aluminium, inspecter les soudures aux points de pliage, les articulations de tronçons et les vérins de géométrie variable. Sur 36 à 50 m, une déformation résiduelle est coûteuse à reprendre.
- Cadre de suspension EQUILIBRA, jeu dans les biellettes et les axes bagués bronze, état des vérins anti-fouettement.
- Capteurs de suivi de sol, les trois capteurs à ultrasons doivent répondre ; un capteur HS dégrade tout le pilotage de rampe.
- Cuve inox et circuit, dépôts, état des vannes électrohydrauliques du poste de mise en œuvre, fonctionnement de l'incorporateur.
- Contrôle technique pulvérisateur à jour, obligatoire, à renouveler tous les 3 ans. Le rapport documente les défauts constatés.
- Version logicielle et compatibilité terminal, un terminal obsolète ou non mis à jour peut bloquer l'accès aux fonctions de précision.
Sur le prix : Kuhn ne publie pas de tarif public pour cette gamme. En effet, la commercialisation se fait exclusivement sur devis, via le réseau de concessionnaires. Or la configuration retenue fait varier considérablement le montant final : puissance, largeur et type de rampe, circuit de pulvérisation, terminal et guidage. Rapprochez-vous donc d'un concessionnaire pour un chiffrage sur votre configuration.
Pour situer l'automoteur dans l'univers du matériel de précision, notre dossier pulvérisateur porté 24 m détaille le format standard des grandes cultures, et le guide des buses couvre les calibres normés qui équipent ces rampes. Vue d'ensemble de l'univers pro dans le guide pilier Berthoud, sans oublier les solutions 12 V pour quad et les pièces détachées.
