Le dosage bouillie bordelaise usuel se situe entre 5 et 20 grammes de poudre par litre d'eau, mais ce chiffre seul ne veut rien dire tant que vous ne savez pas deux choses : la teneur en cuivre de votre produit, et si vous traitez en préventif ou en présence de symptômes.

La bouillie bordelaise est un produit phytosanitaire. La seule dose qui fait foi est celle figurant sur l'emballage de votre produit. Cette page vous aide à la comprendre et à l'appliquer correctement, elle ne la remplace pas.

La réponse courte

Trois repères pour démarrer, avec un produit à 20 % de cuivre :

  • Potager (tomates, pommes de terre) : 8 à 12 g/L
  • Arbres fruitiers et vigne : 12 à 20 g/L selon la période
  • Rosiers et ornementales : 8 à 12 g/L

Et une règle qui prime sur toutes les autres : commencez toujours par la dose basse. Un surdosage ne protège pas mieux ; il brûle le feuillage et charge votre sol en cuivre, qui ne se dégrade jamais.

Pourquoi vous trouvez des chiffres contradictoires partout

Si vous avez consulté plusieurs pages avant celle-ci, vous avez vu 5 g/L, puis 10, puis 20. Ce n'est pas du hasard.

  • Tous les produits n'ont pas la même teneur en cuivre. La bouillie de jardinerie est le plus souvent dosée à 20 % de cuivre métal, mais il existe des formulations plus ou moins concentrées. À dose de cuivre identique, il faut deux fois plus de produit avec une formulation à 10 % qu'avec une à 20 %.
  • Le préventif et le curatif ne se dosent pas pareil. Les fourchettes hautes correspondent à une forte pression de maladie, les basses à une simple protection.
  • Beaucoup de pages recopient des chiffres sans les vérifier, certaines confondant même les unités.

La conséquence pratique : le seul chiffre qui vous engage est celui de votre emballage. Lisez la teneur en cuivre métal, puis la dose par culture. Tout le reste, y compris cette page, n'est qu'un repère pour vérifier que vous n'avez pas fait d'erreur de lecture. Pour tout le reste (histoire, familles de maladies, alternatives), voyez notre guide complet de la bouillie bordelaise.

Tableau de dosage par culture

Valeurs indicatives pour une poudre à 20 % de cuivre métal.

CulturePréventifEn présence de symptômesFréquence
Tomate, aubergine8 à 10 g/L12 à 15 g/LTous les 15 jours par temps humide
Pomme de terre10 à 12 g/L15 g/LTous les 15 jours en période à risque
Vigne10 à 15 g/L15 à 20 g/LToutes les 2 à 3 semaines
Pommier, poirier12 à 15 g/L20 g/L2 à 3 passages saisonniers
Pêcher (cloque)15 à 20 g/L2 passages, automne et fin d'hiver
Rosier, ornementales8 à 12 g/L12 à 15 g/LTous les 15 jours si nécessaire

Les cultures à éviter : haricots, salades et légumes-feuilles, légumes racines et cucurbitacées, sensibles à la phytotoxicité du cuivre. Sur celles-ci, cherchez une alternative.

Conversion selon votre pulvérisateur

Une fois la dose choisie en g/L, voici les quantités correspondantes.

Dose1 L2 L5 L8 L10 L15 L
8 g/L8 g16 g40 g64 g80 g120 g
10 g/L10 g20 g50 g80 g100 g150 g
12 g/L12 g24 g60 g96 g120 g180 g
15 g/L15 g30 g75 g120 g150 g225 g
20 g/L20 g40 g100 g160 g200 g300 g

Pesez, ne dosez pas à la cuillère : une cuillère à soupe de poudre peut varier du simple au double selon le tassement. Une petite balance de cuisine, peu coûteuse, fait la différence entre un traitement correct et un feuillage brûlé. Et ne préparez que ce que vous allez utiliser : la bouillie préparée ne se conserve pas.

La limite annuelle en cuivre : le chiffre que personne ne convertit

C'est le point le plus important de cette page, et il est presque toujours absent ou faux ailleurs. Le cuivre est un métal qui ne se dégrade pas : il s'accumule dans le sol année après année et devient toxique pour la vie du sol, en particulier les vers de terre et les micro-organismes. C'est pourquoi son usage est plafonné.

La limite réglementaire est de 4 kg de cuivre métal par hectare et par an, avec un lissage possible sur plusieurs années. Traduit à l'échelle d'un jardin :

  • 4 kg/ha correspond à 0,4 gramme de cuivre métal par m² et par an ;
  • avec un produit à 20 % de cuivre, cela fait 2 grammes de produit par m² et par an.

Un exemple concret : pour 20 m² de tomates, votre budget cuivre annuel est d'environ 40 g de produit à 20 % pour toute la saison, soit à 10 g/L environ 4 litres de bouillie préparée sur l'année, tous traitements confondus. Beaucoup de jardiniers dépassent largement cette limite sans le savoir en traitant tous les quinze jours de mai à septembre. Faites le calcul avant la saison, pas après. Méfiez-vous des pages annonçant une limite de « 6 g de cuivre par m² et par an » : c'est une confusion d'unités, le chiffre réel est quinze fois plus bas.

Quand traiter, et surtout quand ne pas traiter

La bouillie bordelaise est un fongicide de contact préventif : elle protège les tissus sains en formant une barrière, mais ne soigne pas une feuille déjà infectée. On traite donc avant l'arrivée de la maladie.

Le bon moment : avant une période humide annoncée (c'est l'humidité qui déclenche mildiou et tavelure), sur feuillage sec, par temps calme, sans pluie prévue dans les douze heures, tôt le matin ou en fin de journée. Après une pluie importante, le produit est lessivé : il faut repasser.

Les situations où il ne faut pas traiter :

  • Pendant la floraison, pour les pollinisateurs et pour éviter la coulure.
  • Par forte chaleur ou en plein soleil, à cause du risque de brûlure.
  • Sur jeunes feuilles tendres, particulièrement sensibles au cuivre.
  • Juste avant la récolte : respectez le délai avant récolte de l'emballage, souvent deux à trois semaines.
  • Par vent : vous perdez le produit et le déposez chez le voisin.

Préparer correctement sa bouillie

L'erreur classique consiste à verser la poudre dans une cuve pleine : elle flotte, s'agglomère et bouche la buse.

  1. Remplissez la cuve au tiers d'eau.
  2. Délayez la poudre à part, dans un seau, jusqu'à une pâte lisse sans grumeaux.
  3. Versez ce mélange dans la cuve en agitant.
  4. Complétez avec le reste de l'eau, toujours en agitant.
  5. Agitez régulièrement pendant le traitement : la bouillie est une poudre en suspension qui sédimente en quelques minutes. C'est la cause numéro un des traitements irréguliers, avec une première moitié de cuve trop diluée et une fin trop concentrée.
  6. Utilisez tout le jour même.

Une eau trop calcaire peut réduire l'efficacité : si votre eau est très dure, une eau de pluie donnera de meilleurs résultats.

Le matériel : ce qui compte vraiment

  • Une bonne agitation. Sur un modèle à pression préalable, secouez la cuve toutes les deux ou trois minutes : indispensable avec une poudre mouillable.
  • Une buse adaptée. Une buse à cône creux donne une couverture fine et pénétrante, idéale pour un fongicide de contact qui doit couvrir le dessus et le dessous des feuilles (voyez comment choisir la bonne buse).
  • Un filtre propre. La bouillie bordelaise bouche filtres et buses plus que tout autre produit de jardin.
  • Un rinçage immédiat après usage : le cuivre cristallise en séchant. Rincez cuve, tuyau, lance et buse démontée à l'eau claire, dans tout le circuit (voir aussi la compatibilité des matériaux).
  • Un pulvérisateur dédié si possible, les résidus de cuivre se mélangeant mal avec d'autres traitements.

Sécurité

Portez gants imperméables, lunettes et vêtements couvrants, et un masque si vous manipulez la poudre en quantité (elle vole au dosage). Ne confondez pas « autorisé en bio » et « inoffensif » : le cuivre est toxique pour les organismes aquatiques et pour la vie du sol à dose répétée. Tenez enfants et animaux à l'écart jusqu'au séchage, ne traitez jamais près d'un point d'eau, et ne versez pas les résidus à l'évier : pulvérisez le fond de cuve sur une zone déjà traitée ou apportez-le en déchèterie.

Un point sur la réglementation

L'encadrement du cuivre s'est nettement resserré ces dernières années. Avant d'acheter ou d'utiliser un produit, vérifiez qu'il est toujours autorisé pour votre usage : le site officiel E-Phy du ministère de l'Agriculture recense les autorisations en vigueur, culture par culture, avec les doses homologuées et les délais avant récolte. Un produit acheté il y a trois ans n'est pas forcément encore autorisé aujourd'hui.

Que faire à la place, ou en complément

Puisque le budget cuivre est limité, autant l'économiser là où d'autres leviers fonctionnent. Les gestes culturaux d'abord : arroser au pied et jamais sur le feuillage, espacer les plants pour aérer, pailler pour éviter les éclaboussures de terre, supprimer les feuilles atteintes. Un abri au-dessus des tomates, qui garde le feuillage sec, fait plus contre le mildiou que n'importe quel traitement. Les variétés résistantes sont le levier le plus efficace à long terme. En renfort, la décoction de prêle et le purin d'ortie ne chargent pas le sol, et le bicarbonate de soude aide contre l'oïdium.

Verdict

La bonne dose de bouillie bordelaise n'est pas un chiffre à retenir, c'est un calcul en trois temps. Lisez la teneur en cuivre de votre produit, qui conditionne tout le reste. Partez de la dose basse de la fourchette et ne montez que si la situation l'exige. Calculez votre budget cuivre annuel avant la saison, environ 2 grammes de produit à 20 % par m² et par an : ce chiffre vous dira combien de traitements vous pouvez réellement vous permettre, et il est presque toujours plus bas qu'on ne le croit. Le reste se joue sur la technique : traiter en préventif avant l'humidité, couvrir le dessous des feuilles, agiter la cuve, et rincer le matériel tout de suite.