La bouillie bordelaise est le traitement fongicide le plus connu des jardiniers, y compris en bio. À base de cuivre, elle protège de nombreuses cultures contre les maladies fongiques. Encore faut-il savoir contre quoi elle agit vraiment, comment l'appliquer, et quelles précautions prendre avec le cuivre. Voici le guide complet.
Qu'est-ce que la bouillie bordelaise ?
C'est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux, vendu en poudre bleue à diluer dans l'eau. Une fois pulvérisée, elle dépose une fine pellicule de cuivre sur les feuilles, les tiges et les fruits. Cette barrière empêche les spores de champignons de germer. En effet, le cuivre agit en surface et en préventif, jamais en profondeur sur une infection déjà installée.
Contre quoi la bouillie bordelaise est-elle efficace ?
Le cuivre couvre un large spectre de maladies fongiques :
- Le mildiou de la vigne, de la tomate et de la pomme de terre.
- La tavelure du pommier et du poirier.
- La cloque du pêcher.
- L'œil de paon de l'olivier.
- Les taches noires (marsonia) et la rouille du rosier.
En revanche, une limite revient sans cesse : la bouillie ne traite pas l'oïdium, ce feutrage blanc poudreux. C'est l'erreur la plus fréquente. Contre l'oïdium, tournez-vous vers le soufre ou le bicarbonate, comme détaillé dans nos alternatives à la bouillie bordelaise.
Comment pulvériser la bouillie bordelaise ?
D'abord, le matériel : une buse à cône creux enveloppe le feuillage d'un brouillard fin, dessus comme dessous. Réglez une pression modérée de 2 à 3 bars. Trop fort, le produit ruisselle et dérive ; trop faible, il ne couvre pas. Sur ce point, voyez quelle buse pour quel traitement.
Ensuite, les gestes qui font un bon traitement :
- Secouez la cuve avant et pendant : le cuivre sédimente vite.
- Traitez les deux faces des feuilles, les champignons colonisent surtout le dessous.
- Avancez lentement, à 20-30 cm du feuillage, en bandes qui se recouvrent.
- Ne détrempez pas : on vise un film régulier, pas des gouttes qui coulent.
- Rincez tout de suite après usage, car la bouillie fige et bouche les buses (voir la routine de nettoyage).
Enfin, la météo est décisive. Traitez tôt le matin ou en soirée, par temps sec et sans vent, avec au moins plusieurs heures sans pluie pour que le cuivre adhère. Pour le calendrier complet selon la saison, consultez quand pulvériser la bouillie bordelaise.
La bouillie bordelaise plante par plante
Chaque culture a ses maladies et son calendrier propre. Voici l'essentiel.
Sur la vigne
L'ennemi est le mildiou, qui peut ruiner une récolte en année humide. On traite dès le stade « 5-6 feuilles étalées », on encadre la floraison, puis on renouvelle après chaque pluie lessivante et à mesure que la vigne pousse. Les grandes surfaces justifient un pulvérisateur pour vigne à bonne couverture.
Sur la tomate et la pomme de terre
Là aussi, c'est le mildiou qui menace. Un premier passage préventif à la reprise de la végétation, puis un renouvellement après les pluies, limitent fortement les dégâts. D'abord la prévention, ensuite l'aération des plants : un feuillage qui sèche vite tombe moins malade.
Sur l'olivier
Deux ennemis reviennent : l'œil de paon (taches rondes qui font chuter les feuilles) et la fumagine (dépôt noir sur le miellat des cochenilles). Deux passages suffisent : un à l'automne, avant les pluies froides, un en fin d'hiver. La fumagine, elle, exige de traiter aussi les cochenilles (savon noir ou huile), car le cuivre seul n'y suffit pas.
Sur le rosier
La bouillie cible les taches noires (marsonia) et la rouille, en préventif. Deux passages structurent l'année : à la chute des feuilles, puis au débourrement. Par ailleurs, ramassez les feuilles tombées : les laisser au sol, c'est réensemencer la maladie au printemps suivant. Attention, contre l'oïdium du rosier, le cuivre est inefficace.
Dosage et précautions : le cuivre n'est pas anodin
Le dosage tourne autour de 10 à 20 g par litre selon la culture, mais l'étiquette fait toujours foi. Notre guide de dosage détaille les quantités et la préparation. Retenez la règle d'or : ne jamais surdoser. Le cuivre ne se dégrade pas, il s'accumule dans le sol, et la réglementation le plafonne à 4 kg/ha/an en moyenne.
Côté sécurité, portez gants, lunettes et manches longues. Ne mangez pas et ne fumez pas pendant le traitement, et lavez-vous les mains après. Enfin, tenez enfants et animaux à l'écart le temps du séchage, et ne traitez jamais en pleine floraison pour protéger les abeilles.
Pour choisir l'appareil adapté à votre surface, voyez le guide du pulvérisateur pour jardin. Et si vous cherchez à réduire votre dépendance au cuivre, explorez les alternatives à la bouillie bordelaise.